Sur les traces des ILLSASSEN …

L’Ill, le principal cours d’eau d’Alsace a eu à travers les siècles, et jadis beaucoup plus que de nos jours, une grande importance pour la vie des habitants de la province qui vivaient sur ses bords ou dans les alentours. Les eaux amènent l’humidité et la fertilité surtout pour les vastes prairies. Sur les deux côtés, elles faisaient fonctionner de nombreux moulins, donnaient de la nourriture à un grand nombre de pêcheurs, servaient à une navigation jadis bien vivante.

Autrefois les routes étaient moins bonnes que maintenant, mal entretenues, peu sûres. Les cours d’eau offraient des voies plus faciles, plus agréables et permettaient le transport de charges plus grandes et plus lourdes que sur les routes.
Aussi la navigation sur l’Ill se développa-t-elle de bonne heure ; elle remonte aux temps préhistoriques, a été pratiquée par les Celtes et les Romains. Au Moyen-Age, elle fut très active. De petits ports se créèrent : le Ladhof de Sélestat est cité pour la première fois en 1294, celui de Colmar en 1337, de même Kogenheim, Benfeld possédaient un Ladhof.
Mais les intérêts des hommes sont toujours divergents. Le profit de l’un tourne souvent au désavantage de l’autre, et ainsi des difficultés surgissent. Il en fut de même pour les habitants des deux bords de l’Ill : les bateliers n’avaient pas les mêmes intérêts que les pêcheurs, et les meuniers n’étaient pas toujours d’accord avec les agriculteurs. Les commerçants et les bateliers qui transportaient leurs marchandises étaient gênés par les digues érigées par les meuniers, par les barrages des paysans qui conduisaient l’eau dans les canaux pour l’irrigation des prés, et par les travaux des pêcheurs. Ce furent sans doute les commerçants et les bateliers qui se plaignirent les premiers auprès de leurs autorités. Les différentes questions qui se posaient de la même façon, obligeaient les autorités riveraines le long de l’Ill, Seigneuries ou Villes, de se  concerter, d’étudier les différents problèmes dans l’intérêt de leurs sujets, de concilier les différents points de vue et de créer une organisation qui les lierait tous en vue de garantir le bien public, de prévenir les dégâts, de maintenir une navigation libre.
C’est ainsi que fut constitué ce que l’on peut appeler le premier syndicat fluvial de l’Alsace. Les membres étaient les puissances riveraines de l’Ill depuis Colmar jusqu’à Strasbourg.. Ils s’appelèrent ILLSASSEN ou ILLGENOSSEN. Cette association a fonctionné environ pendant 250 ans (1400-1650).

L’histoire d’une équipée des ILLSASSEN en l’an 1627
par Lucien SITTLER.

Le 19 août de cette année 1627, les délégués strasbourgeois se mettent en route et arrivent le lendemain, dimanche le 20, « avec l’aide de Dieu » à l’hôtel de la Montagne noire à Colmar. Les autres Illgenossen y sont arrivés également, et on prend ensemble le dîner ; la Ville de Colmar leur offre deux mesures (Ohmen) de vin. Le lendemain, les membres de la commission prennent un déjeuner froid avec eux ; ils payent pour le dîner et le déjeuner en tout 46 florins. A six heures du matin, le lundi, la commission des Illsassen se rend au Ladhof et en 2 bateaux la visite du cours d’eau commence. On déjeune à Illhaeusern (dépense 24 florins), puis on va jusqu’à Sélestat. On descend « A l’Aigle », on y dîne, et la Ville offre « 8 quartiers oder fleschen mit wein ». Les Illsassen ont à Sélestat une facture de 56 florins, en plus 2 florins pour ceux qui servent le vin et 3 florins pour les musiciens. Le mardi matin à 6 heures, le voyage continue ; à Rathsamhausen les seigneurs Hans Michel et Wolfdietrich attendent la commission. A cet endroit l’Ill se divise ; les deux seigneurs veulent que la  « Vieille Ill » soit considérée comme le vrai chemin, tandis que l’autre bras ne doit pas être utilisé pour la navigation. Les bateliers ne sont pas d’accord ; la demande des seigneurs de Rathsamhausen est repoussée, les deux chemins doivent être praticables. A cause de cela les Illgenossen se divisent en deux groupes, chacun en un bateau, et on trouve que le « Ehnweiler Mühldeuch », l’étang qui a donné tant de fil à retordre aux Illsassen est en ordre selon le règlement de 1607 et des décisions antérieures. Le dîner est pris au couvent d’Ebersmunster (dépenses 25 florins), et on y reste la nuit.

Le lendemain, la commission mange à Benfeld « A la Couronne » (dépense 55 florins) et le soir on arrive à Erstein (dépenses pour les dîner 62 florins).

Le jeudi départ à 6 heures du matin, déjeuner à Graffenstaden pour 38 florins et « avec l’aide de Dieu » à 5 heures, la commission arrive à « l’hôtel du Cheval noir » à Strasbourg. Elle y délibère et rédige le procès-verbal ; l’addition pour le dîner s’élève à 134 florins.
En tout la visite de l’Ill coûte 763 florins. Cette somme est répartie entre les huit membres de l’association, 95 florins pour chacun.

 

Nos ancêtres prenaient leur temps et savaient apprécier la bonne vie.

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